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Samedi 5 juin 2004

Dur pour un non-matinal comme moi de devoir se lever si tôt. En effet, le TGV en ligne droite pour Paris quitte Toulouse à 6h12. Ça rime. Et c'est parti pour cinq heures d'un voyage sans la moindre histoire. Un peu comme dans certains films d'art et d'essai. Les deux évènements à noter sont le passage du contrôleur "bonjour / billet svp / merci bon voyage" et le croisement d'autres trains dont le bruit réveille; Cinq heures passées à faire balancer des yeux indécis entre un paysage qui défile à toute vitesse, la charmante voisine et "The World Don't Owe Me Nothing", l'autobiographie de Honeyboy Edwards. Honeyboy sera là, à Chicago ! Lui qui a traversé le siècle, qui a rencontré tellement de monde, qui fut proche de Charley Patton, Robert Johnson, Big Joe, Tommy Mc Clennan et bien d'autres, lui dont le meilleur ami fut Little Walter. Tiens, puisque c'est ça, je lui ferai dédicacer son bouquin. En voilà une perspective totalement improbable en temps habituel. Au passage, je précise qu'il s'agit d'un livre qu'il est impossible de lâcher. Prenant, passionnant, parfois drôle ou dur ... lisez-donc la chronique enthousiaste que je lui consacre dans le numéro 15 de TRB. Fin du message subliminal. Paris approche ... ou bien j'approche de Paris, choisissez. 50 € l'aller, autant le retour, et Honeyboy qui raconte comment il prenait le train pratiquement tous les jours clandestinement sans jamais payer.
Coup de bol terrible, mon ami Jocelyn Richez m'annonce qu'il a pu se garer devant la gare Montparnasse. Après manger, l'après-midi se passe chez-lui, devant des piles de disques et des photos de ses précédents voyages à Chicago. De quoi baver, d'autant plus que les CD des artistes de blues de Chicago qu'il avait ramenés dans ses bagages sont de très haut niveau. On peut enfin commencer à rêver de ce que l'on va voir. La nuit sera courte.

Dimanche 6 juin 2004

Je l'avais bien dit, je le savais : la nuit serait courte. C'est le grand jour, enfin, et bientôt l'heure du départ.
Après un bon petit déjeuner copieux justement pas petit du tout, à base de brioche et de Nutella, nous rejoignons Bernard Delvoie qui sera de la partie. Nous devons nous dépêcher car il était indiqué que nous devions être présents à l'aéroport trois heures avant le décollage pour des raisons d'enregistrement. Nous en profitons pour bavarder et taquiner Bernard sur son niveau d'anglais tandis que l'heure d'embarquement approche. Et pour approcher, elle approche. Elle n'en finit pas d'approcher, à tel point que nous la dépassons. Jocelyn, dont on ne va pas tarder à découvrir le tempérament nerveux, fulmine. Une annonce informe que le départ est repoussé. Dans l'avion, je dépose Honeyboy devant moi -le bouquin !- mais il n'est pas évident de lire. Entre les distributions d'eau, de repas, de café, d'écouteurs, de fiches à remplir, la boutique hors-taxes ... et comme dans tous les vols longue durée, on a droit à l'incontournable long métrage. Mais avant, il faut se farcir les actualités, le sport, le télé-achat, et tout ça deux fois car le Canada est un pays bilingue. C'est là que nous avons appris la mort de Reagan. Mais revenons au principal, le film dont j'ai complètement oublié le titre. Je ne comprends pas votre acharnement à me demander de quoi il en retourne, mais puisque vous insistez. Complètement plongé dans la vie de Honeyboy Edwards, voici ce que j'ai pu saisir du film les rares fois où j'ai levé les yeux. Une bonne femme démissionne ou est virée et rentre chez elle en métro. Mais un gosse dans l'escalier la retarde et elle rate la rame à une seconde près. Ça rappelle ce morceau de Peg Leg Sam, un bluesman trop méconnu du Mississippi qui chante qu'il a si peu de chance que le jour où il pleuvra de la soupe, tout le monde aura une cuillère et lui une fourchette. Bref, revenons à notre bonne femme : l'histoire se répète, mais, cette fois-ci, elle contourne le sale mioche de l'escalier par la droite et réussit à choper son métro. Le film consiste ensuite à mettre en parallèle les deux histoires et à montrer les différentes évolutions. Une philosophie vertigineuse, de quoi se remettre en question ! Vous vous en fichez finalement ? Moi aussi, mais ça m'a permis de faire une dizaine de lignes.
Maintenant, nous en sommes à l'escale à Montréal qui n'est pas triste non-plus. Trop tard pour la correspondance et même en transit, il faut passer par la douane. Jocelyn s'énerve de nouveau contre l'organisation assez tordue de l'aéroport. Un temps fou passé à récupérer les bagages qui, initialement étaient censés suivre automatiquement, car Bernard ne retrouve le sien qu'après une longue attente. Jocelyn est maintenant sur le point d'exploser et nous avec. Les québécois sont adorables, et leur accent ne les rend que plus attachants. Mais il faut partir ! L'atterrissage sur la Windy City est pour le moins impressionnant.
Alors que l'on survole le lac Michigan, les gratte-ciel du Loop, le centre de Chicago, semblent pareils à des maquettes en balsa. Allez, ne reste qu'à récupérer les bagages et attendre une navette Alamo qui ne vient pas. On se renseigne, tourne en rond. Toutes les agences de locations sont représentées sauf la nôtre, bien sûr ! Ça me rappelle décidément une chanson de Peg Leg Sam qui ... heu, je l'ai déjà dit. Jocelyn ne trouve pas beaucoup de motifs pour se calmer. Nous choisissons une berline de bonne taille, une Chrysler. Le mec essaye de nous convaincre que c'est trop petit pour trois personnes ! Pas de doute, on est bien aux États-unis.
L'aéroport est situé au Nord de Chicago, et l'hôtel en bordure sud du Loop. Un seul moyen d'y parvenir sans prendre l'autoroute : traverser le North Side en direction du sud. Chouette, on va pouvoir enfin se rendre compte de par nos yeux à quoi ça ressemble, Chicago. Les bâtisses sont des maisons individuelles et des petits immeubles d'un ou de deux étages. Mais les quartiers changent, et le décor aussi. II s'agit de quartiers principalement blancs et nous voyons apparaître, après quelques-kilomètres, les tours au loin.
Enfin, le quartier polonais. C'est bien sûr un lieu important pour nous car les Chez, avaient fuit leur Pologne natale pour s'installer à Chicago avec leurs parents en 1928. Bien avant d'américaniser l'orthographe de leur nom en "Chess". Je n'ai qu'une obsession, voir le South Side. La ville que nous voyons défiler est bien différente de l'image véhiculée par le blues et les reportages qui s'y rapportent. Je repense au Voyage Au Pays Du Blues, le merveilleux ouvrage de Jacques Demêtre et Marcel Chauvard, de 1959.
Sur la droite, finit par apparaître le Réservation Blues, le club d'Eddie Clearwater qui était censé avoir été fermé. Bonne nouvelle, mais appartient-il toujours à Eddie ?
Le Rodway Inn dans lequel nous allons loger a pour adresse 1 S Halsted Street. Ça tombe bien, l'enseigne devient visible, sur un fond nocturne de gratte-ciel démesurés et illuminés. Crevés, nous optons à l'unanimité pour ... zzzzzzzzzz…


Romain Pelofi



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